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Ne jetez surtout pas vos tontes de pelouse, de gazon, de prairie ! Voilà un paillage fortement intéressant à considérer bien plus comme une ressource qu’un quelconque déchet.

Vous êtes prévenu, après cet article, vous ne verrez plus vos tontes comme une corvée d’aller-retour à la déchetterie. Au contraire, vous allez vite comprendre à quel point elles sont un véritable or vert pour le potager ! Paillage éphémère mais extrêmement qualitatif, nutritif, voyons plus en détail comment les valoriser.

La tonte, c’est quoi ?

D’abord, les tontes de prairie, gazon, pelouse sont avant tout de l’eau !

L’herbe verte en contient facilement 80% qu’elle puise dans le sol. Le reste est un alliage de molécules organiques, notamment de la cellulose. D’être verte, fraîche, la tonte a l’avantage premier de contenir aussi de nombreux sucres hydrosolubles et très énergétiques. Et de l’énergie, il en faut pour nos cultures potagères ! Ces sucres vont activer et nourrir les bactéries du sol qui vont décomposer tous nos apports de composts, de paillages, de résidus végétaux, la tonte y comprise !

tonte gazon

Un rapport carbone-azote en faveur d’une richesse rapidement disponible pour le potager

Prenez une poignée de tonte dans vos mains et vous comprendrez vite qu’elle contient peu de carbone. C’est mou, humide, tendre, vert, peu structuré, sans rigidité aucune. Comparez avec un brin de paille qui lui est rempli de carbone et c’est un monde d’écart. La tonte possède un rapport C/N autour de 10.

Elle contient 10 fois plus de carbone que d’azote alors que la paille contient 100 fois plus de carbone que d’azote. Et ça change tout !

Lire notre article “Comprendre le rapport carbone/azote et la faim d’azote

Conséquence ? Les molécules sont bien moins durables, bien moins difficiles à être brisées, à être digérées par la vie du sol. Le carbone joue moins un rôle de solidité, de fixation des minéraux.

En seulement quelques semaines, quelques mois, votre paillage disparaîtra pour être réduit à l’état de minéraux essentiels qui eux vont nourrir nos cultures. À l’inverse, d’être une matière organique peu stable, peu carbonée, la tonte n’apportera guère d’humus pour votre sol de demain. Ce sont les matières très carbonées qui sont grandement pourvoyeuse d’humus.

paillage tonte de gazon
Ces pommes de terre auront le temps de bénéficier d’une partie des minéraux présents dans cette tonte.

Voyez cette ressource organique comme un sucre rapide plutôt qu’un sucre lent. Voyez un coup de booster qui sera vraiment le bienvenu au printemps quand nos cultures demandent des quantités colossales d’énergie pour croître sur plusieurs mètres comme le font parfois les tomates, courges, et autres haricots grimpants.

Comment utiliser ses tontes en paillage au potager ?

La précaution à prendre quand on parle de tontes est la forte proportion en eau. Si vous accumulez une épaisseur trop conséquente (plus de dix centimètres), rapidement vous allez générer un milieu manquant d’oxygène. Les tontes vont fermenter, vont monter en température. Vous risquez de bruler vos cultures si la tonte est placée trop proche des tiges. Une couche opaque va se former. Alors, prenez soin d’utiliser vos tontes de deux façons différentes :

Pailler immédiatement après la tonte

• Premièrement, utilisez la tonte juste après avoir tondu, sans séchage, en paillage. Il faudra alors respecter une épaisseur de quelques centimètres maximum. À moins que vous ne souhaitiez désherber avec votre paillage, auquel cas on recherchera cette fameuse croûte : elle permettra de désherber, on pourra la casser plus tard.  Enfin, en plein été il sera intéressant d’apporter de la tonte fraîche pour justement apporter un peu d’humidité au sol. Qu’on se le dise : vous n’arroserez pas votre jardin en déposant des tontes 😉. Mais vous permettrez à une certaine humidité résiduelle de persister au niveau du sol.

paillage céleris
Ces céleris et laitues ont droit à leur petit apport pour empêcher les herbes de pousser sur le rang, et garder le sol frais. 4/5 cm maximum.

Faire sécher les tontes, puis pailler

• Deuxième option, prenez le temps de faire sécher un peu la tonte pour faire évaporer la trop forte teneur en eau. L’idéal sera de l’étaler en andin sur une zone de stockage d’appoint, cela sur une épaisseur d’un maximum de dix centimètres. Une à deux fois par jour, il vous faudra oxygéner l’ensemble, remuer et en quelques jours vous aurez comme du foin (si ce n’est que les herbes sont fauchées moins hautes et contiennent généralement moins de carbone). Vous pourrez ainsi répandre cette tonte séchée en bien plus grande épaisseur, facilement sur dix à vingt centimètres.

• Une autre méthode : tondez votre jardin en plusieurs fois, et rajoutez chaque fois une petite épaisseur (5cm) sur vos planches. La tonte aura le temps de sécher entre chaque application.

paillage
On peut rajouter des épaisseurs au fur et à mesure…
…afin d’augmenter l’épaisseur de paillage sans risquer une putréfaction

Au potager d’Olivier : J’ai la chance d’avoir un vaste terrain de jeu enherbé pour les enfants. Quelques arbres voisins, tilleuls, érables, font que quand je tonds, je récupère souvent quelques feuilles. Cela a pour avantage de me procurer un paillage légèrement oxygéné, aéré par les feuilles plus rigides, plus dures, plus carbonées que ne l’est la tonte. Ainsi, je peux facilement faire sécher ce résultat de tontes et feuilles broyées ou le mettre directement en paillage au potager sur une épaisseur de quatre à cinq centimètres. Au printemps, c’est un double avantage de fertilité rapidement disponible pour les cultures et une protection contre les premières fortes chaleurs de la saison.

Quelle quantité de tontes utiliser ?

En réalité, ce sera surtout la quantité que vous aurez de disponible qui déterminera la quantité que vous utiliserez !

Selon la surface à tondre, votre climat, la fréquence des pluies, la température, on parle souvent d’une surface vingt fois plus grande à tondre que celle qui pourra être paillée ! Alors, ne comptez pas que sur cette ressource sauf si vous veniez à avoir un très grand terrain en complément de votre potager.

Et côté quantité, un bon paillage à base de tonte uniquement correspond à peu près à un bac de tondeuse par mètre carré de potager. C’est approximatif, les bacs ne font pas tous le même volume, mais vous le verrez facilement : toute la surface est recouverte avec une bonne épaisseur.

Au potager d’Olivier : Pour mon potager de presque 200 m² cultivés, il me faudrait 4000 m² de surface à tondre ! J’en suis très loin avec un espace enherbé de tout juste 300 m² et c’est déjà un grand luxe. Pour mes tontes, je choisis des parcelles pour lesquelles l’épaisseur des autres paillages (résidus de cultures, broyat, foin, paille…) est la moins conséquente. C’est aussi beaucoup « au feeling » selon l’endroit qui s’y prêtera le mieux, selon les cultures implantées, selon les semis de pleine terre à venir. Inutile de trop pailler une parcelle qui va accueillir un semis dans les jours à venir. Au contraire, paillage à la folie sur des cultures déjà en place et qui y resteront de nombreuses semaines : aubergines, tomates, poivrons, courges, concombres, etc…

À quelle période déposer ses tontes au potager ?

La période pour utiliser cette ressource sera tout simplement en adéquation avec sa disponibilité. En effet, les tontes arrivent en grande partie au printemps et ce sera une période idéale pour les répandre en paillage au potager. En été, bien souvent la ressource diminue avec une forte chaleur, une humidité moins présente, des pluies plus rares. À l’automne, de nouveau vous aurez des volumes de tontes et tout comme au printemps, n’hésitez pas à les répandre à volonté pour nourrir vos cultures de fin de saison, choux, épinards, radis, navets, salades… Mais n’oubliez pas de laisser quelques zones non tondues dans le jardin, afin de favoriser les insectes. 😉

gestion différenciée des espaces verts
Avouez-le, c’est sympathique ces petits chemins et ces fleurs sauvages sur les côtés. Elles nourriront des abeilles solitaires et autres espèces menacées…!

Comment l’associer à d’autres paillages ?

La tonte est un paillage éphémère. Répandue en couche fine, elle durera tout juste quelques mois.

En couche plus épaisse de dix centimètres, elle durera un peu plus longtemps. Au contraire, les paillages carbonés comme le broyat, la paille, pourront durer plus d’une année.

Alors, prenez le temps de dépailler si vous avez un paillage plus durable déjà en place. Ensuite, on mettra la tonte sous ce paillage pour qu’elle profite pleinement au sol, le monde vivant qu’il héberge. Les bactéries vont se régaler à foison d’un tel apport et générer comme une colle qui améliorera plus encore la structure de votre sol. Cette colle, ce sont les sécrétions rejetées par la vie du sol. Elles permettent aux particules minérales de bien se tenir. À titre d’exemple, la pectine est un colloïde : elle permet à la gelée de bien se tenir !

Vous pouvez également mélanger les paillages, pour équilibrer un paillage trop carboné.

mélange tonte broyat
Ici, de la tonte mélangée à du broyat

Guillaume : ce n’est pas peut-être pas la meilleure chose à faire, mais j’aime beaucoup recouvrir tous mes paillages avec 2/3 cm de tontes vers le mois de juin (quand je le peux). Elle maintient mes broyats, foin, paille, plus humides. Finalement je fais un peu l’inverse de ce qu’on devrait faire, mais je trouve ça sympa et plus joli : les zones de cultures sont comme « harmonisées » !

Tontes de prairies avec fleurs en graines

Si vous avez une prairie fleurie plutôt qu’une pelouse, tant mieux ! C’est beau, diversifié et représente un hôtel cinq étoiles pour la biodiversité. Néanmoins, il faudra faire attention à vos tontes lorsque les fleurs sont en graines. Vous risquez d’emmener toutes ces graines dans votre potager. L’idéal est de pailler par-dessus avec d’autres paillages pour éviter toute germination par la suite. Ou sinon, vous saurez prendre le temps de désherber par moment votre terre pour éviter trop de concurrence d’herbes et de plantes indésirables. Dans tous les cas, ce travail de désherbage sera bien moindre que sans paillage.

Guillaume : j’avoue que c’est quelque chose auquel je ne prête guère attention. Ainsi, je tonds à n’importe quel moment, tant que j’ai besoin de paillage. Et je ne me suis jamais retrouvé envahi d’une herbe en particulier. Évitez tout de même de tondre du chiendent ou du liseron en graines, mais à part ça, est-ce vraiment un problème ?

Limitez la tonte : pensez à la biodiversité

Presque par évidence, essayez de ne pas tondre l’entièreté de votre espace de prairie, de pelouse. De laisser pousser l’herbe, les plantes, les fleurs, vous allez favoriser un hébergement pour la biodiversité. Tout comme ces feuilles mortes que l’on ramasse parfois et qu’il est utile de laisser en partie pour les macroorganismes, qu’ils puissent s’y cacher, s’en nourrir. C’est pareil avec les tontes. On pourra se priver d’une partie de cette ressource pour laisser la prairie pousser naturellement et accueillir un monde d’auxiliaires qui pourront toujours être utiles au potager pour réguler d’éventuels ravageurs.

On sait ce que vous allez dire : « nous allons être envahis de ronces, de mauvaises herbes ! » 

Eh bien… non ! Les ronces n’arrivent pas à s’installer si on fauche au moins une fois par an. Et pour ce qui est des graines, sachez qu’un gramme de terre contient déjà plusieurs milliers de graines, alors ce n’est pas quelques milliers supplémentaires qui vont aggraver la situation, qui n’a rien de grave soit dit en passant 😉

Toutes ces plantes font le bonheur de dizaines d’espèces d’insectes menacées

C’est dans ces espaces laissés sauvages que les insectes et en particulier les auxiliaires pourront rester et prospérer dans votre jardin. Vous aurez donc des bénéfices directs, à savoir une meilleure prédation des ravageurs de culture par les auxiliaires. Et au final, vous pourrez quand même récupérer une bonne partie de cette matière lorsque vous réaliserez votre fauche annuelle.

Composter ses tontes de gazon ?

Pour composter, il faut toujours raisonner dans un équilibre carbone/azote autour de 25 à 30. Vous vous souvenez pour les tontes ? On est beaucoup trop bas avec un rapport carbone/azote de 10. Les tontes sont trop azotées, trop humides, trop peu rigides. L’incidence est une putréfaction, des substances qui ne sentent pas bons, voire même qui génèrent une toxicité pour le sol.

Il est alors impératif de mélanger ces tontes avec des matières organiques plus sèches, plus rigides, pour oxygéner l’ensemble.

En automne, vous aurez peut-être facilement  accès à des feuilles mortes qui feront l’affaire. Une poignée de feuilles pour deux poignées de tontes et le tour est joué. Au printemps, vous pourrez trouver quelques brindilles, des feuilles mises de côté à l’automne, un peu de foin, paille, broyat, sciure, carton… Vous obtiendrez alors au final un beau compost végétal plus concentré encore en énergie que ne peut l’être un simple paillage de surface. Pourquoi pas diversifier vos pratiques et user d’une partie de vos tontes pour du paillage et une autre partie en compost. Mais privilégiez tout de même le paillage. L’énergie ira directement et entièrement au sol, à un moment où il en a bien besoin. C’est le principe du compostage de surface.

compost tonte

Nourrir le potager qu’avec de la tonte ?

Dans certaines situations, il sera difficile d’imaginer pouvoir satisfaire les besoins de certaines cultures qu’à partir d’un paillage de tontes. Surtout celles les plus gourmandes, poivrons, aubergines, tomates, choux et autres cultures de plein été. De plus, il y aura une part d’aléatoire comme bien souvent quand on jardine de façon biologique, quand on jardine par le sol. Si celui-ci est humide, oxygéné, idéalement texturé de sable, limon, argile, il saura bonifier au mieux un apport de tontes. S’il est compact, asphyxié, trop argileux, les tontes se volatiliseront plus qu’elles n’iront enrichir votre sol, votre potager.

Au potager d’Olivier : Je complète mes paillages avec bien d’autres apports pour maintenir à la fois une fertilité en nutriment et développer un humus stable dans mon sol. J’apporte des composts grossiers de fumiers, de végétaux, parfois même des engrais organiques pour répondre ponctuellement aux besoins des cultures les plus gourmandes. J’ai parfois un sol sec de par mon climat, qui ne fonctionne pas suffisamment pour libérer de la richesse minérale. Alors parfois il faut l’aider. Avec un sol constamment humide, souvent l’alliage de paillages et composts suffit à nourrir toutes les cultures du potager.  Parfois même, un épais paillage diversifié de matières azotées et carbonées (tontes, feuilles, foin, paille, broyat…) se suffit de lui-même. Mais il faudra un sol, un moteur, qui tourne à plein régime pour bonifier et valoriser tous ces apports.

Conclusion sur la tonte en paillage pour votre potager

Prenez le temps de pailler et nourrir votre sol avec vos tontes de pelouses. Cela évitera des trajets à la déchetterie ou même au compost. Simplement épandu sur le sol en faible ou plus grosse épaisseur selon le taux d’humidité, ce paillage gratuit ne pourra qu’apporter un effet bénéfique à votre potager. Et n’oubliez pas de laisser une partie de votre pelouse tranquille pour favoriser les fleurs sauvages et la biodiversité en général !

Merci pour votre lecture, n’hésitez pas à partager cet article autour de vous : cela nous aide énormément.

Aller plus loin avec notre article sur le paillage au potager

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