BRF (bois raméal fragmenté) au potager : guide complet

par | 26 Nov 2022 | Le sol : amendements, engrais, compost, Les paillages | 0 commentaires

Le BRF, bois raméal fragmenté, est un broyat de branches assez jeunes, ayant poussées lors des dernières années. Des branches que l’on appelle « rameaux ». On peut les définir aussi avec un diamètre de moins de 7 cm. Même si les plus adeptes du BRF prendront des branches vraiment très jeunes, de tout juste 1 à 2 cm maximum de diamètre.

jeune rameau de branche
On choisira de préférence des pousses avec un faible diamètre pour notre BRF

L’avantage d’une telle jeunesse, moins de deux ou trois années d’existence, est d’avoir des branches encore bien souples, remplies d’énergie, remplies de sucre, de cellulose. Sitôt des branches plus anciennes, se forme alors de la lignine avec un bois plus dur, plus sec, plus foncé, qui sera vite moins intéressant pour améliorer un sol.

Au potager d’Olivier : le BRF est à mes yeux une ressource où l’on doit ressentir encore une énergie folle dans les jeunes rameaux. Quand j’en fais, je ne prends que des rameaux de très petits diamètres, tout juste 1 cm maximum de diamètre. On ressent qu’ils sont encore très souples, assez verts à l’intérieur, avec une humidité ressentie. Rien à voir avec un bois ancien très ligneux, qui sera beaucoup plus difficile à valoriser au potager.

Voyons donc comment utiliser le BRF au potager, afin de valoriser au mieux cet amendement.

L’approche par le carbone

Le BRF fait partie de toute cette approche du sol par le carbone. À l’opposé des engrais chimiques qui n’ont pour seul but de nourrir les cultures, ici on va offrir un sacré plat de consistance pour le sol, son activité biologique. Celle-ci est gourmande de matières organiques végétales et animales. Et qui dit « organique », dit molécules construites autour du carbone.

Alors vive le BRF pour en emmener. Les champignons vont se régaler de dégrader ce broyat, relayés ensuite par bien des décomposeurs. Au final, c’est de l’humus qui viendra solidifier, renforcer, améliorer le sol. C’est fort intéressant, aussi pour tendre vers un sol éponge meilleur rétenteur d’eau, de minéraux, de fertilité. Le BRF est ainsi un amendement (matière riche en carbone et peu concentrée en minéraux essentiels) et non un engrais. Il va améliorer le sol en premier lieu, nourrir ensuite les cultures une fois qu’il sera passé dans l’estomac du sol vivant.

BRF olivier potager
Le BRF va enrichir votre sol en carbone, en matière organique. Et favorisez une vie intense dans le sol.

La différence entre broyat et BRF (bois raméal fragmenté)

Dans ce monde du carbone, il y a toute une échelle de grandeur. La tonte, l’herbe, contient du carbone, mais très peu. On le voit avec sa couleur verte, sa souplesse, sa flexibilité. Le foin, la paille, contiennent du carbone, dans des proportions plus élevées, mais encore bien moins que le bois raméal fragmenté.

rameaux BRF
Les rameaux sont jeunes, bien souples : parfait pour faire du BRF

Au contraire, le broyat de bois âgé de plusieurs années est lui plus carboné que le BRF. Il est composé de branches épaisses, dures, ligneuses, anciennes, peu flexibles qui ont perdu toute souplesse contrairement aux rameaux. Les effets ne sont pas les mêmes sur un sol, avec un apport très difficilement valorisable. Il pourra être utile en paillage de longue durée, notamment au verger ou pour des massifs de fleurs. Aussi pour protéger le sol aux pieds de cultures vivaces. Mais pour relancer ou améliorer ponctuellement le sol d’un potager, il sera fortement conseillé de se tourner vers du broyat de branches assez fraîches, et donc du BRF.

broyat de bois
Le broyat, à la différence du BRF, est beaucoup plus carboné.

Guillaume : j’ai quand même déjà utilisé du broyat au potager. Pour des résultats exceptionnels sur mon sol ! C’était du refus de criblage (donc les gros morceaux de bois qui ne passent pas dans les tamis). Seule précision : il était déjà composté depuis plus d’un an. Alors j’avais un mélange bois/compost qui a radicalement modifié la texture de mon sol.

Quels types de branchages broyer pour son BRF ?

On pourra broyer tout ce qui nous passe sous la main ! Des feuillus en tout genre, érables, chênes… des haies à entretenir. Même des résineux pourront être broyés, mais attention. Ils contiennent beaucoup de tanins, de terpènes. À haute dose, cela peut générer un effet inhibiteur sur la bonne croissance des cultures. L’activité biologique et notamment beaucoup de bactéries seraient gênées d’une trop forte concentration de tanins. Certaines essences de bois sont vraiment déconseillées, comme les thuyas, les lauriers, les ifs, les palmiers.

BRF olivier
Ici, des rameaux d’oliviers…

Ils contiennent des composés allélopathiques (qui inhibent en partie la croissance des végétaux). Alors si vous avez une haie de thuyas, des sapins, déjà vous aurez du mal à trouver des pousses de l’année ! Et qui plus est, il vous faudra vraiment diversifier avec d’autres essences de bois pour adoucir l’assiette nutritive que vous allez apporter à votre sol.

Une autre solution est de composter votre broyat de thuya ou autre essence peu conseillée : vous n’aurez pas de soucis.

broyage BRF
Si vous faites vous-même votre BRF, n’hésitez pas à diversifier les essences.

Quand tailler, quand broyer et quand apporter son BRF au sol ?

L’automne est une belle période pour tailler, broyer et épandre votre BRF. Plutôt le début d’automne quand l’activité biologique est encore bien active avant les grands froids. Mais vous pourrez toujours mettre votre paillage de BRF en hiver

Veillez à faire ces opérations de taille et de broyat de façon très rapprochée pour garder la fraîcheur des rameaux. De même, on fera en sorte de vite amener ce broyat au sol. Les autres périodes de l’année peuvent aussi être favorables, mais vous risquez de rencontre une faim d’azote.

BRF rameau vivant
On utilise le plus possible des rameaux frais, vivants. On conservera ainsi toutes les molécules précieuses pour la vie du sol.

Avant de déposer votre BRF, pourquoi ne pas mettre un peu de compost en automne ?

Peut-on avoir une faim d’azote avec du BRF ?

Quand on parle d’apports carbonés, se pose vite la question d’une problématique de faim d’azote. Eh oui, un apport de BRF est un apport carboné demandant à court terme une sollicitation de l’azote présent dans le sol. Ce sont les champignons, qui en se développant, en construisant leurs protéines, consomment l’azote disponible du sol.

Ainsi, si vous déposez ce BRF au printemps, le risque de générer une faim d’azote est non négligeable. Vos cultures risquent de vous montrer par leur jaunissement et leur faible croissance, qu’elles ne sont pas d’accord pour partager le sol avec un apport récent de BRF.

Alors, privilégiez l’automne pour réaliser cet apport. Sinon il vous faudra équilibrer vos apports de BRF avec des apports bien plus azotés. On pensera au sang séché, une poignée au mètre carré. Ou encore à de l’urine, des fientes de poules, du guano, de la corne broyée… Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour réaliser la recette de son choix !

BRF au potager : paillage ou intégration dans les premiers centimètres de sol ?

Le débat est souvent houleux et animé entre les différents défenseurs du BRF. Certains préconisent de le déposer en paillage, d’autres de l’incorporer au sol. Comment s’y retrouver ?! Nous pouvons déjà dire qu’un sol ne ressemble pas à un autre. Sur un sol très dur, compact, caillouteux ou encore très sec, il est conseillé de préparer ce sol à recevoir un apport de BRF en le décompactant avec une grelinette, un croc ou une motobineuse. Humidifiez si vous ne ressentez pas la terre comme humide comme une éponge essorez. Et intégrer une bonne couche de BRF (bien 3 cm d’épaisseur) dans les premiers centimètres de terre.

incorporation BRF
Incorporez votre BRF si vous le sentez, dans les premiers centimètres du sol.

Dans l’hypothèse d’un sol de départ déjà très meuble, rempli de macroorganismes avec un estomac dévoreur de matières organiques, alors inutile d’incorporer votre apport de BRF. L’activité biologique le fera à votre place. En quelques mois, votre BRF aura été valorisé par un sol déjà bien actif.

Néanmoins, quel que soit votre contexte, quelques vérités peuvent se dégager. En intégrant votre BRF, vous accélèrerez les processus de valorisation, mais dans le même temps, vous augmenterez la faim d’azote sur les premiers mois.

Vous perdrez aussi l’effet protecteur d’un paillage contre trop de soleil ou trop de pluie. Et vous aurez besoin de mécanisation pour enfouir le BRF même si on peut se débrouiller avec un simple croc. Alors vu que chaque technique a ses avantages et inconvénients, pourquoi ne pas faire les deux ? Intégrer une partie de vos apports et en laisser une partie en paillage.

Quel broyeur pour faire du BRF ?

Du broyat, c’est une bonne idée, mais faut-il pouvoir s’en procurer ! On vous donne quelques conseils dans notre article sur les différents moyens pour trouver du paillage gratuit.

Vous pourrez toujours demander à des paysagistes. Aussi à la mairie du village qui souvent, via les agents municipaux qui entretiennent les espaces verts, pourront vous en procurer. Mais un inconvénient revient souvent, celui d’avoir un broyat de bois anciens plutôt que du vrai BRF. Vous vous souvenez la différence, ce ne sera pas du broyat de rameaux, du broyat de branches toutes fraiches.

Il vous reste la solution d’acquérir un broyeur. Vous aurez un choix très large avec des critères que vous devrez classifier. Le prix, l’efficacité, la rapidité, le système de coupe, la durabilité, moteur électrique ou à essence, la sécurité…  Si vous avez des volumes énormes à broyer (supérieur à 3 mètres cubes sur l’année), il vous faudra un gros broyeur thermique. Sans quoi vous y passerez des journées et des journées avec un broyeur électrique.

Si vous avez des volumes conséquents, mais raisonnables (2 à 3 mètres cubes sur l’année), un broyeur électrique de milieu de gamme pourra suffire. L’avantage sera un coup modéré, un bruit bien moins conséquent. Si vous avez des volumes faibles, 2 ou 3 brouettes au final sur l’année, optez pour un broyeur électrique premier prix.

broyeur pour BRF
Un broyeur milieu de gamme suffit amplement pour produire du BRF en petites quantités.

Témoignage sur l’utilisation du BRF au potager

Au potager d’Olivier : Le broyat et le BRF font partie de la folle diversité d’amendements et paillages que je peux amener au potager. Néanmoins, j’en use avec parcimonie et délicatesse. Je suis conscient que cet apport est fort carboné, surtout le broyat. D’ailleurs j’utilise différemment le broyat et le BRF. Le broyat est destiné uniquement au paillage. Mais pas prioritairement le paillage de cultures potagères. J’ai vraiment peur d’une trop forte faim d’azote et d’un humus généré trop stable, trop difficile à décomposer pour être rapidement disponible pour les racines des plants de légumes. Avec le broyat, je paille avant tout mes allées de potager pour mieux gérer l’enherbement. Je paille également le sol aux pieds de mes arbres fruitiers pour préserver une belle humidité.

Le BRF, lui, est utilisé exceptionnellement au potager, tous les 3 ou 4 ans. Également pour relancer l’activité biologique sur une nouvelle parcelle. Avec un sol très compact, argileux, peu actif biologiquement, je prends le temps de décompacter les 20, 30 premiers centimètres (grelinette, croc). J’intègre ensuite sur les premiers centimètres de sol une bonne épaisseur de BRF (3cm environ). J’en mets aussi une petite épaisseur supplémentaire en paillage.

Le tout est de laisser ce mélange oxygéné, en aérobie. Hors de question de marcher sur la parcelle par la suite. Tout cela est réalisé à l’automne et rendez-vous au printemps suivant pour cultiver ! J’ai eu quelques échecs avec ces apports par manque d’intégration dans le sol et un manque d’humidité. Le BRF ne s’est pas bonifié et le sol non plus. Non vraiment, il est préférable, du moins dans ma situation, de l’intégrer légèrement et surtout de maintenir une humidité constante nécessaire à une bonne valorisation de cet apport.

BRF : des inconvénients dont il faut tenir compte

Le BRF est une approche par le sol, par le carbone. Il faut être conscient qu’il ne fera pas de miracle à lui tout seul et à court terme. C’est une philosophie pour jardiner tout en créant du sol, de l’humus. Agrader et non dégrader le sol. Parfois les résultats pourront être décevants. Si le climat est trop sec, si le sol est trop tassé, si au contraire le sol est beaucoup trop sableux, si le broyat est trop résineux… le BRF pourra être mal valorisé.

Il faut rajouter aussi la logistique conséquente que cette pratique demande. Il faut du temps, du volume. Il faut aussi de l’énergie, tailler les branchages, les transporter. Il faut parfois pouvoir les transporter, etc… Sans compter qu’il faudra se procurer un broyeur même si l’on peut toujours trouver des bons plans pour en trouver un, louer ou acheter à plusieurs notamment. Quoi qu’il en soit, d’autres préfèreront faire du potager simple en rependant une poignée d’engrais naturels au m² plutôt que de fournir tous ces efforts. Simplement, comme la pratique des paillages, composts, fumiers, des engrais n’amélioreront en rien votre sol alors qu’avec le BRF, il en sera tout autrement.

paillage BRF

Composter un BRF ?

Si vous redoutez la faim d’azote, vous pouvez composter en tas votre BRF sur une zone hors potager. Les champignons iront chercher l’azote sur une parcelle non cultivée. D’ici quelques mois vous aurez un compost très stable, qui pourra améliorer la fertilité physique de votre sol, quel qu’il soit. Les sols lourds seront allégés. Les sols légers seront alourdis. Néanmoins, ce compost pourra difficilement répondre à l’appétit conséquent des cultures les plus gourmandes. Pensez alors à compléter avec des engrais naturels et/ou des composts de fumiers, composts maison, paillages diversifiés.

compost BRF
Le compost de BRF : un bel amendement pour le potager !

BRF au potager : conclusion sur son utilisation

Avec une structure mieux établie, une activité biologique plus développée, une rétention en eau, en minéraux, plus efficace, votre sol sera un estomac capable de dévorer tous vos futurs apports de composts, fumiers, paillages, engrais naturels. C’est comme si vous preniez le temps de fabriquer le moteur le plus puissant qu’il soit pour votre potager. Alors, autant prendre un peu de temps et valoriser ces ressources végétales de rameaux que vous avez autour de chez vous plutôt que les déposer à la déchèterie.  

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